Le 2 juillet 2009 à la Teinturerie de plume – Patis 18e
Sommaire
- Programme du 2 juillet
- Cultiver l’interstice, une autre pratique de l’espace
- Écho musée Goutte d’Or, un regard sensible sur le territoire
- Favela da Maré, Rio de Janeiro, imprégnations réciproques des identités musicales et territoriales
- Murmure ou la con struction informelle d’une mémoire collective inscrite sur les murs
- Balade au Bois Dormoy, visite d’un jardin partagé
- « Montreuil, ville des Rroms », création d’un espace cinématographique et démocratique
- Culture participative et de proximité, l’enjeu des « petites structures culturelles »
- Brigade Recherche Intervention Culturelle (B.R.I.C.), de l’usage des lieux par l’espace
- « Quartiers d’Art », déambulation entre les lieux culturels du 18e arrondissement
- Réactions sur le vif
- Éléments d’évaluation post-interstice
77 pages – A télécharger sur le site (fichier pdf – 6 Mo)
Avant propos
L’individu comme les territoires qu’il habite ou explore n’est pas unidimensionnel, c’est un millefeuille regroupant plusieurs couches de l’expérience : la pratique (espace social), la sensation (espace esthétique), la recherche (espace réflexif). Dans son parcours de vie et son parcours géographique, dans certains moments ou certains endroits, des couches passeront les unes devant les autres. Au-delà de la sectorisation professionnelle, le regard d’artistes, de chercheurs, d’acteurs se croise en chacun de nous et nous sommes invités le 2 juillet par ces rencontres à envisager autrement le territoire, dans la manière de le parcourir dans nos têtes et sous nos pieds. Entre le proche et le lointain, nous sommes traversés par des couches d’espaces que nous évoquions déjà dans une précédente journée « interstice » : espaces interstitiels (propices à l’émergence de situations éphémères), espaces publics (lieu politique de la problématisation des enjeux), espaces intermédiaires (champ de l’expérience qui pousse du milieu), espaces fluidiques (flux de la connaissance de la culture numérique, mobilité entre local et global, centre et périphérie)… Nous poursuivons cette exploration d’écosystèmes à la découverte de nouvelles espèces d’espaces.
Si nous sommes arrivés à l’idée de provoquer aujourd’hui des journées « Interstice », c’est que d’une certaine manière nous avons déjà essayé d’autres dispositifs en recherche-action qui passaient par le rapport classique au territoire à travers des lieux et des projets. Il ne s’agit pas de condamner en vrac le fonctionnement des lieux culturels et de l’action culturelle, mais de dire que peut-être il y a une autre façon de concevoir le développement culturel : à l’opposé d’une intervention par remplissage de l’espace territoriale, nous proposons de libérer les formes culturelles en ouvrant des espaces.
Dans cette articulation entre culture et territoire, le développement culturel implique historiquement une exigence transversale ne pouvant séparer la culture du développement économique et social. Mais aujourd’hui, à l’avènement du « tout culturel », nous serions tentés de revenir aux fondamentaux d’un « travail de la culture » : il ne peut y avoir de politiques culturelles sans pensée politique de la culture. En exposant des travaux d’acteurs-chercheurs et en expérimentant des modalités d’intervention en situation, les journées interstice désirent participer à ce travail de la culture tout en produisant de la connaissance autour de ces enjeux.
De la rue aux friches en passant par les nouveaux terrains vagues de la culture numérique, l’interstice s’insinue partout et génère différents types de regroupements et d’actions. C’est une manière de dresser une autre cartographie des ressources humaines.
- L’interstice est un espace : espace disponible mais non exploité dans l’espace géographique de la ville, dans l’espace social de nos relations, dans l’espace mental de nos représentations, l’interstice est un de ces types d’espaces non dévolus, constituant en cela une réserve humaine d’initiatives. C’est donc un espace potentiel susceptible d’accueillir des situations d’interactions où les individus produisent du collectif sans qu’il soit facile d’en déterminer la fonction au préalable.
- L’interstice est une interface : comme le noir entre deux images, le silence entre deux notes, pas de rythme sans interstice et pas de mouvement sans rythme. Nous y percevons la pulsation de la ville, c’est un espace nomade qui nous invite à bouger, aller à la rencontre, explorer, vivre des expériences. Interface entre les idées, les personnes, où se construit une nouvelle grammaire de la culture, l’interstice nous fait aussi redécouvrir l’aspect politique de l’espace public, le mouvement du débat et de la problématisation d’enjeux collectifs.
- L’interstice est un pli : il se laisse envisager comme un mille-feuille mettant en visibilité différents niveaux de l’expérience humaine : sociale, esthétique, intellectuelle. Ainsi, nous ne pouvons séparer nos sensations de notre compréhension. La couche la plus profonde du sensible devient intelligible, le pli du dedans devient le dehors, comme lorsque nous quittons l’espace privé pour aller dans l’espace public et inversement.Le pli est également une autre façon de concevoir le développement culturel qui n’est finalement qu’un dépliement/repliement. Le dépliement correspondant au déploiement d’espaces contractés, de formes sociales contrariées. Et inversement, le repliement correspond à un resserrement du temps qui permet de traverser les barrières des territoires pour mettre en relations des expériences en différents endroits de la planète : urbain et rural, au nord et au sud, en France et ailleurs.
- L’interstice est une pratique transformatrice qui rejoint le principe d’un « Laboratoire d’Innovation Sociale » :
- S’inscrire dans la durée de l’expérience humaine où l’individu se prend lui-même comme matériaux de recherche, puis légitimer scientifiquement ce travail réflexif « populaire » pour que les acteurs soient reconnus dans la capacité d’expertiser leurs propres situations ;
- Provoquer des situations d’expérimentation engageant des individus par un jeu d’interactions dans une expérience collective. Relier ensuite ces situations collectives et les comparer pour dégager des problématiques communes et des critères communs d’évaluation des développements en cours ;
- Accompagner à l’autoformation dans le cadre d’un transfert de compétences entre champs d’activités (social, artistique, culturel, etc.) et d’échanges interdisciplinaires.
Laboratoire social indique une manière de lier recherche et développement, connaissance et transformations sociales, humaines et innovation, en partant de situations d’échanges coopératifs émergeant directement du besoin des acteurs.
