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  LISRA

    Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action
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UtilisateurMessage

9 : 46
22-11-2009


Largeron

Invité

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7 : 02
22-11-2009


Largeron

Invité

Messages attendant l'approbation de l'administrateur du forum

12 : 36
02-09-2009


jeremiecordonnier

Admin

messages 16

Je me lance à mon tour dans l'exercice de faire un retour sur cette journée que j'ai vécue en pointillé, jonglant entre l'accueil des participants, la logistique des repas et les débats.
Bizarrement, j'ai plutôt apprécié de vivre cette journée à la marge de son centre naturel, à savoir la salle des interventions et des débats. Une manière d'être dans l'interstice aussi il me semble, d'être dans un certain décalage. Mes impressions seront donc forcément un entrelacement de ces moments périphériques à la journée, des rencontres avec les intervenants en amont, de ce que j'ai perçu des interventions lors de cette journée et des réflexions que cela m'inspire.

Premiers ressentis
La première chose qui me vient à l'esprit c'est une discussion que j'ai eue en fin de journée avec 2, 3 personnes. Une discussion qui a débuté sur la question des représentations de la réalité pour en venir à des questions plus existentielles et même spirituelles ! Il me semble que l'une des forces de ce type de journée est de produire de la disponibilité intellectuelle. En fin de journée, les synapses sont chaudes et la capacité à faire des liens, à raisonner, plus aiguisée. Ceci est peut-être d'autant plus vrai que je suis resté dans une certaine frustration de ne pouvoir échanger davantage durant les « interventions », car il faut bien les nommer ainsi, même si nous avions cherché à l'éviter.

La forme qui colle aux basques
Je suis déçu de ce point de vue, même si je ne suis pas étonné. On n'arrive pas à éviter l'aspect colloque, c'est-à-dire l'addition des interventions et non la circulation et le rebond entre les expériences. C'est déjà le constat que nous avions fait lors de la journée « Interstice » en octobre dernier dans le même lieu.
L'idée qui était avancée lors de la préparation de cette journée était que les intervenants d'une même table ronde s'organisent entre eux pour faire circuler la parole, tisser des liens entre leurs expériences, se poser des questions mutuellement pour inviter chacun à faire de même. Mais il est difficile de sortir des habitudes et les « intervenants » ont, à mon goût, trop reproduit un schéma classique de juxtaposition des expériences. Cela ne remet d'ailleurs pas en cause la qualité des interventions ni même leur intérêt. Je mets « intervenants » entre guillemets car l'idée de ce type de journée est d'éviter de scinder les participants entre les « légitimes » et les « non-légitimes ». Dans le principe, chacun était invité à être intervenant potentiel et les interventions proposées sur la plaquette étaient surtout là pour motiver les gens à venir à cette journée, pas pour poser une frontière entre des savants et des apprenants. Cela veut dire aussi que les « intervenants » ne doivent pas monopoliser la parole et bien que nous n'ayons justement pas trop chargé la journée en nombre d'intervention prévues, il y a eu peu de temps pour des pauses, pour des prises de parole plus construites de la part de participants. C'est regrettable. Je rejoins l'analyse de Tâm sur le spectacle et la difficulté à faire bouger cette mise en scène de la connaissance dont nous aurions tous dû être les auteurs.

En discutant à la fin de la journée avec Olivier qui a participé à la journée, il me parlait d'un système d'ateliers tournants (groupes de 5 maximum) qu'il avait expérimenté lors d'une journée invitant à la fois des biologistes et des informaticiens. C'est peut-être une voie à explorer pour la prochaine fois.

Journée conviviale mais dense
En dehors de ça, j'ai trouvé l'ambiance plutôt conviviale. La ballade digestive a permis de créer une dynamique de groupe favorisant les échanges. Petit hic tout de même, n'ayant pas voulu imposer d'horaires précis aux intervenants, nous n'avons pratiquement pas pris de pauses ce qui est regrettable car c'est aussi dans ces moments que se construit une réflexion plus transversale.

Sur le fond de la journée, et même si on ne peut pas complètement le détacher de la forme, plusieurs questions ont retenu mon intérêt.

L'acteur culturel et le territoire, un système de relations
L'exemple de Jean-Marc Bombeau et son Echomusée est illustratif de ce point de vue. Derrière acteur culturel, nous devons avoir une approche large et entendre les personnes dont l'investissement socio-professionnel participe au travail de la culture sur un territoire. Ainsi, les éducateurs, travailleurs sociaux, enseignants, habitants investis dans la vie de leur quartier sont pour moi autant de vecteurs de mouvements culturels.

Cette journée s'est intéressée notamment à la manière d'articuler des mouvements culturels « spontanés » et une mobilité culturelle impulsée (par la politique culturelle et les actions sur le territoire). L'Echomusée, situé à un carrefour de la goutte d'or, est un des rares exemples de croisement de ces 2 dimensions.
-    Lieu de passage pour les habitants qui connaissent Jean-Marc, l'apprécient, viennent se poser dans son lieu comme on s'assied sur un banc public.
-    Lieu de diffusion artistique, avec des expositions qui se succèdent sur les murs, des soirées thématiques qui les font vibrer.
-    Lieu de ressource sur le quartier, pour des chercheurs travaillant sur la mémoire de la guerre d'Algérie, sur l'habitat dans le 18ème, pour une étudiante d'Harvard, pour des artistes en quête de réseau, lieu d'information pour des personnes qui cherchaient le centre social.
-    Lieu de pratique artistique, lorsque des ateliers organisés se mettent en place ou lorsqu'une petite fille vient demander une feuille blanche pour faire un dessin qu'elle accroche au mur ensuite.
-    Lieu de rendez-vous, autant pour des négociations autour d'un commerce de miel vendu en francs CFA que pour la distribution de viande par un AMAP.
-    Lieu de discussions, pour de vieux confrères du quartier qui se parlent en ellipses, qui communiquent par le café partagé et l'esquisse d'un sourire complice.
-    Lieu de possibles quand des jeunes détournent une projection sur le mur d'en face pour mettre des clips de rap et danser dessus.

Hugues Bazin a parlé d'écosystème lors de son introduction et pour moi il s'agit bien de cela, à moins que ce ne soit d' « échosystème », où l'expérience des uns résonne avec celle des autres. Le travail entamé par l'échomusée et donc la démarche qui sous-tend ce projet tente d'articuler une fonction réceptacle de différentes expressions culturelles et une fonction plus transversale de mise en dialogue de ces formes d'expressions. Envisager ce projet comme un système permet de sortir des casquettes à usage exclusif qui stigmatisent les structures en se fondant sur de la distinction et des idéologies : socioculturel/culturel, démocratie culturelle/démocratisation culturelle. L'échomusée est un système dont l'animateur est à la fois habitant, artiste, formateur, apprenant. Sa fonction se définit plus par rapport au territoire qu'à travers une grille de lecture socioprofessionnelle classique (responsable associatif, artiste en résidence, animateur…). Il est un point névralgique, un neurotransmetteur et un neuromédiateur du territoire.

Le rôle des institutions
A partir de là, la question est de savoir comment la collectivité publique peut soutenir un projet comme celui-ci qui est un tout et pas uniquement une addition d'actions ponctuelles ou sectorisées. Et ce tout est indissociable de la personnalité et de l'histoire de Jean-Marc. Est-ce la peur de reproduire la politique des « grands frères » qui empêchent de financer un projet lié à une personnalisation forte, même si elle est entourée par d'autres membres de l'association ? Dans notre société où la sectorisation est de mise et permet de se protéger de la complexité, il paraît difficile de financer des projets qui se confondent avec les projets de vie. Et pourtant, on n'a moins de scrupules pour des associations qui reposent sur des pouvoirs charismatiques et qui se cachent derrière un voile démocratique. Faut-il encore jouer ce jeu de dupes avec les institutions ou peut-on faire admettre que toute entreprise humaine est complexe, qu'elle repose sur des individus riches mais fragiles, que la professionnalisation n'est pas toujours le meilleur garant d'objectifs touchant au lien social, au dialogue interculturel, à l'expression de la créativité des territoires ?

Nous avons questionné les politiques culturelles qui semblent bien étriquées dans leurs habits traditionnels de démocratisation culturelle. Comment mettre en place une politique culturelle susceptible de répondre aux enjeux de la diversité culturelle, du dialogue interculturel, de la créativité des territoires, de l'exigence démocratique qui s'impose ? L'une des pistes, à l'écoute de cette journée, semble être de replacer l'humain au centre de l'action culturelle.

Interstices

L'intérêt pour les interstices prend alors tout son sens. Hugues Bazin a parlé des interstices comme des espaces vides qui sont investis naturellement. La créativité est souvent d'autant plus grande que les espaces ne sont pas institutionnalisés. On voit s'organiser des stratégies de défense individuelles et collectives face à la précarité qui font preuve de beaucoup plus d'inventivité et qui fabriquent bien plus de vivre-ensemble, comme Nicolas Guerrier l'a dit, avec ses mots, en fin de journée. Philipe Dubois qui nous accueillait à la Teinturerie de Plumes disait de l'interstice qu'il était « une espace où je n'existe pas, où je ne suis pas dans le rapport à l'autre, tout rapport à l'autre étant un calcul ». Il y a peut-être une corrélation entre l'interstice et le désintéressement, thématique travaillée dans l'économie sociale et solidaire. Les formes interstitielles sont sans doute davantage dans un besoin existentiel ou de l'ordre du mouvement spontané, par opposition à des formes instituées qui seraient dans un besoin de pouvoir sur l'environnement et dans des stratégies de développement. Le droit d'exister prend moins d'ampleur que l'ambition de gouverner et l'usager ne trouve pas la même place dans les espaces interstitiels que dans les espaces institués.

L'usager

La BRIC, dans son intervention de l'après-midi, a questionné cette place de l'usager. Il s'agit bien de cela aussi. La professionnalisation du secteur culturel a tendance à programmer plus qu'à faire et qu'à partager. On programme les spectacles mais aussi les populations cibles de notre politique de relations avec les publics. Le public devient un élément exogène au lieu culturel et on s'étonne d'attitudes trop consuméristes ! Du coup, ce qui s'est joué avec ce qu'on a appelé les friches culturelles, c'est une forme de réappropriation de ces lieux culturels par les usagers, les artistes, les habitants. Même si là aussi la reconnaissance presque labellisante « Nouveaux Territoires de l'Art » a entrainé une professionnalisation de ces espaces et souvent provoqué un éloignement de ce que Fabien et Jean-Marc ont nommé « maîtrise d'usage ». Est-ce à dire qu'il faut refuser toute professionnalisation, voire toute pérennité pour ces espaces ? La question mérite d'être posée mais sans doute pas en ces termes.

Appropriation
Lors de la journée que nous avons vécu ensemble, la thématique de l'appropriation est  revenue de manière récurrente. Philippe Guérin du théâtre du bout du Monde à Nanterre racontait comment, à travers les ateliers qu'il mène, les personnes passent de la modification de l'image de soi, pour se rendre compte qu'ils « ont en eux un territoire multiculturel », à la modification de leur relation aux autres, au monde : un processus de transformation sociale en sorte.

Jean-Marc Nguyen de la BRIC a également posé cette question en parlant des usagers qu'il définit comme celui qui se met en marche, en mouvement. Ce mouvement nécessite en effet une forme d' « autosaisine », il faut pouvoir s'autoriser pour inventer et développer une capacité à construire et ouvrir de nouveaux espaces de liberté, de créativité. 
L'acteur culturel se définirait donc comme un accompagnateur dans ce processus d'ouverture ?

Bien d'autres thématiques ont été soulevées lors de cette journée, la caractéristique de ce type de journées étant souvent de produire plus d'interrogations que de réponses. Il reste que l'échange de telles préoccupations crée en soi une dynamique qu'il m'apparaît important de soutenir et d'entretenir, c'est l'objet de cette démarche de laboratoire social, qui articule expérimentations et recherche, action et évaluation, explorations sensibles et démarches réflexives…

1 : 19
21-08-2009


nanaobat

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messages 1

Compte rendu
> Journée interstice 02 07 09
> Tâm Antoine Nguyen-minh

> Journéé Interstice du 2 juillet 2009

 Comme point de départ à ma réflexion, je perçois trois problématiques, elles furent nommées, ou pas, elles émergèrent dans ma conscience au fil du temps des deux jours passés ensemble. Le premier, c'est la question posée par Hugues « qu'est ce qui fait collectif », il y a ensuite la problématique de Jean Marc Nguyen autour de la rupture, et de quel engagement dans la recherche action, et enfin il y a pour moi, un thème clef qui a traversé toute la journée, autour de la problématique de spectacle, -  Comme ces thèmes sont pour moi transversaux, ils ne font pas l'objets de titres particuliers, aussi ils reviendront ici et là, tout au long de ce texte. Les remarques qui suivent sont mes impressions propres, « à chaud » elles tournent autour de mes problématiques plus anciennes et ce qu'elles ont pu trouver comme prolongement collectif dans « ce » qui a eu lieu la journée du 2.  Un évènement chaotique, qui pourtant a selon moi laissé la place à pas mal de connections. Une question sous jacente, dans l'ombre, la question de la culture,( cette chose, la culture) à quoi on se relie quand on parle de « culture ». Je laisse planer le doute, je crois que « ce qui fait collectif », ce jour là appartenait plus au domaine de l'intention, du devenir, que de l'être là, la réalisation. Aujourd'hui en y re regardant et ré écoutant les bandes je vois des avancées. Il y avait tout de même une belle énergie pendant cette journée, celle de chercheurs avec des intentions, et qui trouvent ! Et puis une impression qui se nourrit au fur et à mesure que je me souviens/ré-écoute les bandes, c'est comment en fait il y avait collectif ce jour là, quand je me rend compte que ce que dit un tel reprend les paroles de tel autres deux heures avant, pour ensuite être repris par encore tel autre, plus tard….comme si chacun aidait le groupe à trouver ses mots, et que « quelquechose » semble chercher au travers des singularités individuelles…
 
  1. au niveau du contenu. problématiques de la précarité. 
 
  Problématique récurrente autour de la précarité. Exprimée de différentes manières par diverses personnes, plutôt du public, mais aussi des intervenants, des gens qui font des actions, qui animent des lieux dans l'univers social français et qui cherchent d'autres logiques que la commerciale ou utilitariste, et qui sont confrontés à la difficulté de soutenir une telle démarche au milieu des tendances du monde qui est le nôtre. Exprimée, comme l'urgence de faire face à sa situation personnelle qui nous empêche souvent, le nez dans le guidon, d'imaginer autre chose , ce cercle vicieux de quand je fais ça je fais pas autre chose, ou comment croire en / mettre en oeuvre une utopie quand la situation matérielle nous rattrape, et d'où vient l'argent, et comment je vais faire pour joindre les deux bouts et continuer aussi à faire ce qui me plaît, …ou bien de façon plus simpliste : c'est bien de réfléchir, d'imaginer, mais moi j'ai des enfants à nourrir, j'ai des impératifs etc… etc… Voilà donc une problématique de la précarité, du manque posé en clef de voûte, et la description d'un cercle vicieux.. et de comment on peut se positionner ou pas ( subir…) par rapport à lui. Ca a pris parfois des accents de plainte. J'ai trouvé positif que ça ait pu s'exprimer. Se poser, comme une question qui a besoin de se poser. Comprendre comment elle s'exprime : P.r.é.c.a.r.i.t.é Avec ce qui vient logiquement ensuite : comment en sortir…trouver la bascule. Prendre une autre décision, ce truc un peu magique des gens qui eux, ont trouvé comment rester libre dans cette merde. Et qui en fait, rejoint plus, selon moi une logique du ' qu'est ce qu'on fait ensemble ' que du 'comment m'en sortir ' . Mais quand même, pas mal qu'on en reste pas qu'au  » comment je fais pour m'en sortir », mais qu'on aie cet espace pour reconnaître que la précarité c'est pas qu'un truc matériel… ptêt bien aussi qu'c'est un espace qu'on arrive pas à avoir pour imaginer autre chose…
 
  La bascule est venue, elle m'a surpris. Elle a débouché plus sur un désir de changement que sur le changement lui même. Sur l'imagination de ce changement.

 
  Cette bascule a pris la forme de l'intervention d'un des participants ; il fait suite à Jean Marc nous parlant « d'autosaisie ». En gros, ce participant ( je ne sais pas son nom, un mec de théâtre ) commence par nous parler des élus de gauche qui sont plus à même de donner la parole à la population , mais que c'est aussi de notre responsabilité de « en permanence titiller, ré-interroger nos élus sur le programme sur lequel ils ont été élus », il parle alors de  »citoyenneté active », et que c'est une responsabilité et que ça on devrait l'avoir en tête chacun en permanence dans nos travaux qu'ils soient artistiques, architecturaux, ou autres, que les gens ne savent pas forcément ce qu'il y a en eux mais que nous nous sommes des révélateurs quand on se questionne ( comme dans la journée interstice ), et qu'on peut leur dire qu'il y a des choses qui sont entre leurs mains, qu'il faut être pramatique c'est à dire par exemple « prendre des schémas inconnus et les rapprocher de schémas existenciels chez les gens qui sont aussi des questions comme boire manger se nourrir, se loger et être en bonne santé. Alors, les questions de la culture quand on a des gens qui ont du mal à se nourrir, se loger, et être en bonne santé, c'est difficile, mais c'est pas impossible. Si tu t'interesses aux questions culturelles et que tu t'éveilles artistiquement, tu vas mieux d'une certaine manière. Et ça ça se vérifie sur la durée. Des gens qui vont mieux avec eux mêmes parcequ'ils se sentent reconnus alors d'un coup ils parlent à leur voisin, déjà ils vont moins mal ! Et ils sont dans un début de processus ! »

 
  Y'a des liens qui se sont fait dans mes synapses. S'il y a des valeurs essentielles dans ce qu'on fait et que ça nous pousse et ça motive les gens pour sortir des cercles vicieux qui les bouffent, alors ils ont sortiront, c'est logique. On n'a qu'à continuer à faire ce qu'on fait.
 
  C'est quoi la nécéssité de faire nos pratiques, ça renvoie aux parcours d'experiences de la RA. Des problématiques récurrentes sont apparues quand on a croisés nos parcours d'expériences. Et je vois dans ce rassemblement, la journée interstice, un écho à ce croisement sur un mode plus hétérogène. Donc, nos parcours d'expériences, dans notre groupe on y parlé beaucoup de pourquoi on fait nos pratiques, entre autre. Revenait aussi la rupture entre conditions matérielles ( « se nourrir, se loger, être en bonne santé »), et exercer ses passions… matériel ou passion ? Evidemment la problématique est sans doute mal posée
 
  On reste dans ces deux thèmes enfermés dans des problématiques individuelles. Ce qui consolide mon action dans le monde c'est que des gens la recoivent et sont touchés par l'expérience, et l'expérience de la rencontre de ces gens avec ce que j'ai initié m'encourage à continuer. Ce qu'on y trouve, c'est la situation collective qui le permet et la précarité ne constitue plus un obstacle à la réalisation de ce qui y est en jeu : l'accomplissement créatif de l'individu et de l'individualité du groupe, dont justement la résistance provient du refus de s'identifier à la précarité et ses cercles vicieux. Alors juste continuer de faire ce qu'on fait, et ce monsieur a bien conclu : « de toute façon je suis optimiste ». Et de conclure qu'il était satisfait de cette journée qui permettait de mettre en lien les initiatives. Voilà, ensuite, on repart dans l'action.
  Simplement il y a deux logiques, celle de la précarité, et … une autre. Le focus de cette dernière est ailleurs, ce n'est pas une problématique fondée sur le manque matériel, l'homme ne vit pas que de pain, il a besoin de sa part poétique, politique, consciente… et au niveau social s'il n'a pas accès à cette part à quoi va ressembler son trajet social ? La misère ne vient elle pas de ne plus pouvoir se considérer comme « être humain », mais en tant que morceau de viande abandonné au hasard ? Vivant entre quatre murs et mangeant de la « bouffe » ? L'horreur matérielle.
 
  Direction plus que résolution effective, cela posait la question  »comment nourrir cette autre logique ? « . Cette autre logique est bien moins efficace, moins précaire, plus silencieuse. Il faut beaucoup de silence pour pouvoir entendre une logique comme celle ci s'exprimer. Or si la précarité crie trop fort, prend toute la place avec ses accents vulgaires…Pourtant quand la bascule se fait, ce n'est pas avec fracas, c'est comme un claquement de doigts, une logique passe devant l'autre, et devient la source de référence…Comment faire, nous, chercheurs acteurs du LISRA, pour juste mettre en place les conditions pour ce claquements de doigts ? Je pense que cette autre logique s'est fait entendre, et qu'elle parlait la langue de la compatibilité entre les êtres.
 
  Pour conclure ce thème, cela fait des mois que la problématique de la précarité, nous la cotoyons, dans nos vies et dans celles des gens qui croisent le LISRA – groupe du Limousin, c'est donc un peu avec une attention travaillée que j'ai abordé la journée, le thème n'était pas nouveau, mais de l'immerger dans une autre expérience m'a permis d'en faire un levier pour la bascule. Ou d'avoir une lentille ( un savoir faire ? ) pour analyser la journée. Nicolas parle de son désir de provoquer un point de non retour au niveau de là où en est le LISRA. Si on se place toujours sur le plan matériel, sur le plan de l'urgence financière, ça marche pas, mais peut-être l'urgence financière est elle un appel à prendre appui dessus et dans la résistance aux logiques fatalistes et individualistes du manque trouver la force pour retrouver le vrai mouvement, celui de la recherche, du mouvement créatif de l'esprit, du courage de s'en réferer au collectif. Là se trouve la véritable rupture. Et le courage de trouver la pause, le silence pour pouvoir vraiment réfléchir et se positionner. Réfléchir, pour cela il faut un soi réflexif, qui peut aussi être un soi collectif, c'est à dire un groupe composé de sois et d'autres, ensemble. Cette rupture je la conçois comme un effort minimum, à renouveller jusqu'à en avoir la maîtrise, avoir le courage de se sortir du cercle vicieux, aller au delà du point de non retour, et là remarquer qu'il existe d'autres gens qui ont osé aussi ce pas, ou dit plus humblement osé imaginer la situation autre, et peut-être commencé sa mise en oeuvre en l'ancrant dans la vie réelle. Alors des croisements pourront s'opérer. Cette journée a pour moi été bénéfique à la fois parce que des gens y ont exprimé leurs problèmes, mais aussi parceque d'autres y ont rendu visibles leurs avancées. Et tout cela, en présence. Un croisement d'expériences. Et ce qui se produit comme reconnaissances discrètes au carrefour. l'essentiel c'était pour moi dans ces reconnaissances autant que dans les objets apportés par les conférenciers. C'est peut-être ça produire de la connaissance. Quand ça prend vraiment du sens.
 
 
 
 > 2. Points positif / Négatif.
 
  Je trouve qu'il y a eu beaucoup de reflexion, ce fut une journée que j'ai trouvé cérébrale, la matière en a été les expériences des uns et des autres, les outils ont été des concepts plus ou moins abstraitisés ( à l'extrême dans le cas des architectes ), et le vecteur peut-être l'intention de partager. En effet je suis rarement en présence de gens qui réflechissent, je veux dire en dehors des sentiers battus, il y a eu du nouveau dans les éléments abordés, jusqu'à bousculer parfois – véritablement, ils venaient rejoindre un questionnement vivant en moi-même venant réveiller le chercheur en science humaine sommeille toujours en moi, alors si l'interstice a pu nous offrir un espace mental pour réfléchir, alors tant mieux ; aujourd'hui, j'ai encore entendu quelqu'un me dire « réfléchir, je préfère pas, ça me fatigue ». En même temps, On a réfléchi, on est arrivé à un point où je me suis demandé, sur quoi pouvait déboucher cette réflexion. C'est devenu un peu lourd, jeme suis demandé comment sortir de cette aliénation au langage, des mots, revenir dans l'appréciation aussi de la situation, qui est d'un certaine manière langage, parcequ'elle a quelquechose à nous dire, les gens qui sont rassemblés ici, capables de bien plus ou bien moins que seulement discourir ou réagir sur des sujets…. J'aurais voulu un espace plus d'action, en même temps c'était pas vraiment ça et j'ai hésité à en proposer un et finalement je n'en ai pas eu l'occasion, je me suis trouvé dans cette double contrainte, et en définitive j'ai senti que garder cette suspension pourrait peut-être nous amener à vouloir de l'action, cette fois ci situationnelle et collective, dans un futur proche, dans nos vies en prise avec le collectiF, soit au sein du LISRA, soit en dehors. Et que peut-être pour obtenir cela il nous fallait pousser jusqu'au bout l'achèvement de l'espace mental que nous avons construit hier. Chaque chose en son temps, et c'était peut-être pas le lieu. En même temps – ai-je le droit d'oser cela ?- j'ai senti derrière les paroles des uns et des autres comme une envie, du genre  » qu'est ce qu'on fait maintenant ? «  Je prends plus cette intuition d'arrière fond, que les mots qui se sont dits, comme argent comptant.
 
3. La forme : le spectacle et ses limites. 
 
  Hugues donne le ton. Il débute la journée en projetant de façon  »informelle » ( les participants sont en train d'arriver dans la salle ) le film de Guy Debord, La société du spectacle.  La journée allait donc étudier différentes pratiques intersticielles, elle allait aussi être une pratique de l'interstice, et il me semble que c'est avec une double conscience que j'ai abordé cette journée. C'est ce qui me semble t-il a été posé pendant notre réunion de préparation, la veille. Mais avant tout, ce que j'entends par 'spectacle' : ce n'est pas un terme absolu, le paragraphe entier en représente la re-présentation que j'en ai et dont je n'ai nulle définition, puisque dans son essence, il ne m'apparaît pas comme arrêté au seul mode théatral. Mais il en possède la ligne séparatrice entre acteur et spectateur. Là. Et puis je parle de tendances, pas de forme fixée nécessairement dans l'espace, mais d'une forme qui paut aussi treîner dans nos esprits, l'esprit de nos habitudes… Donc, nous débutons, les intervenants d'un côté, le public de l'autre. La forme typique d'une conférence, avec sa distribution  »frontale » entre spectateurs, et acteurs, face à face. La forme typique aussi du mode spectaculaire.  Très bien, une occasion d'étudier ce rituel bien occidental, afin de le comprendre, se le réapproprier, l'adapter, trouver d'autres formes d'un être ensemble. Tous ces gens, qui certains se connaissent, d'autres non, font partie éventuellement de cercles d'activité ( animateurs, gens du théâtre, du social etc… toutes ces dénominations désignant des groupes, des mouvements ) qui se retrouvent, d'autres venant en individuel, mais venus tous au moins pour un « objet », autour d'un objet, appelé « interstice », bref, les participants à cette journée ; une organisation sujet / objet qu'on retrouve dans la salle, sous cette disposition spatiale où l'objet – thème abordé – proposé – se situe d'un côté de la table ( l'intervenant ), l'objet reçu, de l'autre ( le(s) public(s)). Tous ces gens qui utilisent la forme spectaculaire pour se retrouver en collectif ? Serait ce à défaut d'autres formes de rencontre collectives ? La forme spectaculaire pour s'appréhender dans un village de 60 millions d'êtres ?? J'ai remarqué combien cette forme d'organisation est forte. On ne touche pas impunément à la situation classique de spectacle. C'est comme un tabou, une zone inconsciente : Une femme critique ouvertement l'intervention des deux architectes ( didatica ). Je lui réponds. Et elle de me dire « c'est à elles de répondre ! »( en désignant du doigt les intervenantes). Elle voulait un éclaircissement de la part des intervenantes qui développaient un propos de plus en plus abstrait. En désignant du doigt les intervenantes, elle a dans ma perception désigné la situation. 
 
  Or : il me semble que n'importe quelle personne réagissant à un propos le fait à partir d'un lieu en elle-même, un lieu de la mémoire issu d'une expérience, mais dans une situation comme celle ci ( de spectacle ), alors l'objet auquel elle réagit prend plus d'importance que ce lieu origine. C'est dommage, la personne qui réagit peut donner l'occasion d'un décentrement, elle peut proposer d'autres objets. C'est là que je perçois une limite du mode spectacle, au delà de laquelle on pourrait déboucher sur … ( ? ) sur un truc collectif où chacun participe sans qu'il y ait vraiment d'objet focal, mais un interêt accru de chacun à être là et participer. A t-on vraiment conscience et pratique de nos qualités de sujets ?
 
  Je crois que un de nos savoirs faire de chercheurs acteurs c'est la reflexivité,- savoir faire expérimenté pendant les entretiens de parcours – qui peut simplement nous amener à renvoyer les personnes qui réagissent ainsi, vers elles-même, et qu'elles aient l'occasion de prendre vraiment la parole, je veux dire plus que pour seulement « réagir à ».
 
  J'ai remarqué combien cette forme – le spectacle – est émotionnelle : à certains moments de cette journée où s'enfilaient les exposés et avec eux ls voix de leur exposateurs, j'ai pu me surprendre à me sentir dorlotté dans ma situation de receveur d'informations, receveur à remplir face à une source jaillissante de savoir, vers laquelle je projetais des attentes , du désir, l'envie d'être satisfait, séduit, cette source étant incarnée par l'intervenant intervenant. Je me suis dit que si à cet instant là quelqu'un venait interrompre ce ronronnement, je me trouverais mal. On y est. J'ai trouvé, à un moment, la situation – nous, dans la salle – un peu ronronnante. Alors, je suis sorti dans la rue. J'ai vu le décalage : De cette foule frémissante et colorée, remuante et chalheureuse de la goutte d'or dans notre assemblée constituée en majorité d'acteurs socio -culturelle et artistes blancs ? Aucun. Personne du quartier… ah si : Jean Marc. Et c'était bien qu'il ouvre la séance. Mais quand je suis revenu dans la salle après mon incursion dans la rue, j'ai vu ces gens tellement sages dans leur réception du discours et dans ce rituel si rodé de la « conférence », j'ai été étonné. Il fallait pas déranger, faire du bruit quand on était dehors, le populaire était mis à la porte par les grandes choses, nous n'étions plus à la goutte d'or – j'exagère, mais c'est mon impression. Et cependant, quel fait admirable : l'attention soutenue de pratiquement 100 personnes, et dirigée vers un orateur unique développant un propos ! Ce silence…
 OK. Il peut exister une expertise de la situation spectaculaire. Ca a été très clair même après la fin de la journée, quand le soir le bus de nuit qui me ramenait chez moi a percuté une jeune femme. PAM ! Coup de frein, étonnement, tous les régards braqués dans une direction ( sous le bus ) Manifestement quelquechose se passait : une jeune femme en train d'agoniser, des gens s'occupent d'elle, d'autres regardent, fascinés, d'autres encore font des blagues… et moi, j'en mène pas large. Une situation de spectacle. Sordide. Mais il est clair que cela produisait un évènement collectif. Sans aucune transversalité cependant. Du collectif fondé sur la mort… Je suis sorti de la journée à la fois éreinté et intrigué pour avoir passé 15 heures en situation spectaculaire.
 
  Mon intuition à partir de là c'est qu'en touchant à la ligne fine sur laquelle est contruite la situation spectaculaire, c'est à dire la frontalité acteur / spectateurs, on touche en fait à bien plus, peut-être l'inconscient collectif en action, ou quelquechose comme ça. Les gens qui nous ont présenté leurs pratiques, leurs lieux, traversent la ligne fine sans s'arrêter à l'image, ou au  »spectacle ». Ils la traversent comme une ligne de vie.  Qu'est ce qu'on fait en recherche action ? On cherche ? On agit ? J'ai trouvé là un fil pour la réponse : toucher à la relation public / acteur.
 
 
  5. lignes d'horizon.
 
  Qu'est ce que cette journée trace pour moi comme désirs d'action / pistes de recherche ? Quel bilan ?  – elle m'a apporté une visibilité du réseau LISRA et de ses acteurs . Mais pas seulement. Des gens d'autres horizons sont apparus dans mon espace mental de chercheur, dont le champs ne se limite pas à une discipline que serait la « recherche action ». Or l'aspect collectif est essentiel à ma pratique de la recherche action. Aussi quand je rencontre des individus ou l'expérience d'un individu ou encore quand je rentre dans une situation impliquant des individus dans le cadre d'une journée interstice, c'est pour moi toute ma représentation, ou le départ pour d'autres représentations ou mises en mouvement, du réseau de recherche action qui se met en branle. Et ils viennent confirmer la bascule vers le collectif, la rupture en forme de bascule à partir de laquelle on n'est plus 'juste un individu'. Et alors…j'ai vu le potentiel que ce truc permet car il permet à des gens venant d'hotrizon très divers de se cotoyer. Il y a un aspect politique, mais surtout il y a une grosse question de qu'est ce qu'on voudrait construire ensemble.  – Au niveau du réseau lui même. J'ai vu comment notre groupe de travail régional a sous tendu ma « compréhension » ( de prendre – avec ) de la journée. Et donc ce qu'il peut apporter au collectif, et d'abord au réseau lui même. Nous avons entre autre beaucoup travaillé sur la problématique de la rupture. – Quelle rupture a enclenché d'autres possibles dans mon trajet actuel, comment ce trajet en est l'expression, quelle conscience j'ai de ça, par rapport à quel modèle je suis entré en rupture et qu'est ce que je pense porter comme alternative au niveau d'un savoir faire du collectif etc etc… / et pas que sur un mode individuel ( illusion du « je », du « on, nous… ») : Ce thème est certes apparu des croisements de nos entretiens de parcours, mais aussi de l'observation des positionnements ou non d'autres personnes autour de ce thème dans leurs vies, vis à vis du groupe de RA lui même ( refus de s'engager, oui mais moi tu vois j'ai des enfants à nourrir etc… ) bref, de l'observation de ce thème en action au travers de différents niveaux individuels et collectifs et depuis l'épicentre de nos réunions en recherche action – et j'ai remarqué combien les pistes de notre groupe de travail résonnaient avec les questionnements d'un Jean Marc Nguyen, pendant la préparation, ou pendant la journée même, la récurrence de cette problématique de la précarité sur ton de plainte ou de dénonciation. Ca m'a permis d'accueillir et de reconnaître cette problématique. Et depuis le premier jour où avec quelques chercheurs acteurs, à Tulle, nous nous sommes rendus compte que dans la recherche action, pas mal de précaires. OK. Mais on en reste pas là. On n'est pas si précaires, finalement.
 

 Mais aussi : « accueillir ces problématiques »… Pendant que je dis cela, je me rends compte aussi de ce qui vient avec : une délicatesse. Il ne s'agit pas de problématique de maths , mais bien d'incertitudes portées en leur sein par des êtres qui tâtonnent avant de touver la force de le transmettre, de le faire résonner autour d'eux dans un groupe ou devant l'oreille qui sait l'entendre. Il y a un espace fragile entre la question vécue qui n'est pas nommée, et sa reception dans un groupe. La bonne question , une qualité d'écoute.

12 : 58
11-08-2009


Hugues Bazin

Admin

messages 26

Merci à tous les participants de cette très belle et conviviale journée interstice pour la qualité et l’ouverture des échanges. Une restitution écrite de cette rencontre sera téléchargeable à la rentrée de septembre, vous pouvez en attendant télécharger les documents relatifs aux précédentes journées Interstice dans la rubrique « lien – > Documents du LISRA ». Dans la perspective de poursuivre ce processus, n’hésitez pas à faire part de vos remarques, suggestions et propositions.
À bientôt.

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