Aujourd'hui nous avons eu une petite réunion avec 2 collaborateurs à Tulle, car nous sommes interrogés par des questions de structuration. Nous avons donc jeté quelques bases pour la création d'un lisra limousin (qui aura peut être un nom propre un jour, bien que celui là ne soit pas sal du tout).
Et après avoir définit les premiers éléments concrêts de contenu de notre démarche (rédaction collective d'un document de compilation de notre travail depuis un an comme fondemement du labo local, création d'un journal du laboratoire pour publier les travaux de recherche des chercheurs-acteurs locaux en plus de site, et ouverture de journée de formation-action pour le partage de ces mêmes travaux dans l'espace public sous une forme de séminaire thématique, dans un premier temps), nous avons comme souvent buté sur la forme à donner.
La question est: faut-il rester sous la chapeautage des structures d'éducation populaire (c'est notre cas actuellement juridiquement), ou faut-il monter une structure indépendante?
Nous sommes évidement bien plus excités à l'idée de créer notre structure indépendante qu'à tomber dans les panneaux de la vieille éduc pop et toutes ses rivalités historiques.Tout en gardant des partenariats pertinents.
Pour apporter quelques eaux à ce moulin, je pense que l'exercice d'un travail collectif et autonormé est une expérience hyper enrichissante, une expérimentation grandeur nature et qui permet de respirer bien mieux qu'encroutés dans une structure existante et déjà normée.
En cela, si ce projet d'U2P8 donne lieu à un espace singulier, d'expérimentation et de production pour des chercheurs-animateurs ca peut être une démarche intéressante à suivre.
Après, que Paris 8 retrouve ses origines populaires, ca m'est un peu égal. Ce qui me semble important c'est que les gens au sein de l'u2p8 se construisent un endroit et une démarche émancipatrice. J'entends l'émancipation comme la raison d'être de l'éducation populaire; au sens premier, non labellisé.
Par exemple, un joli renversement, serait que ce soient les acteurs (universitaire ou non) eux mêmes qui ouvrent leur espace de recherche, et que ce soient les profs qui viennent à leurs bancs, dans un rapport égalitaire et enrichissant pour chacun. (En envisageant l'expérience d'un universitaire comme celle d'un non universitaire, c'est à dire moins par son savoir, que par les liens entre les différentes strates de son expérience, son savoir universitaire étant l'une d'elles)
Enfin, petite critique: j'ai un bac+5, je suis en recherche, j'expérimente un rapport non utilitariste à la rue quand je monte sur mon vélo, une construction de lieux de pratiques qui me semble troubler les cartes de la propriété et des formes labelisées, des voyages avec un groupe de musique qui traverse encore d'autres lieux… je vois un lien direct entre mon vélo, ma guitare, les squatts, la propriété (c'est le vol) chez Proudhon, les singularités de Baudrillard et la psychogéographie de Debord, j'ai envie de trouver un espace pour faire vibrer ces recherches, suis-je autorisé à venir sur les bancs de l'u2p8 malgré mon diplome?
Car je ne pense pas être moins acteur populaire qu'un autre selon que j'aurais plus de diplômes. Justement, une partie de ce qui fonde l'acteur populaire, c'est ses compétences sur des champs multiréférentiels, sa capacité à faire un travail de connexion entre différents univers. On se retrouve dans ces interstices (que l'ont crées nous mêmes) car ce sont un des rares espaces où exprimer notre cohérence. Je ne valorise pas non plus le diplôme plus que son absence, mes années d'études sont simplement une des couches de ce millefeuille d'expérience, au même titre que d'autres… Et c'est ce millefeuille qui a du mal à rentrer dans les feuillets bien rangés des institutions existantes. Ce serait donc dommage de refuser les personnes diplômés sous pretexte qu'elles n'ont pas le profil « educ pop »… Viser uniquement les non diplômés ca sonne un peu discrimination positive, et ca sous entend qu'ils ont besoin de l'université populaire. Alors que c'est peut etre finalement l'université populaire qui a besoin d'eux.
Hormis ce point qui me gène un peu, c'est une affaire à suivre, et Nicolas, si tu as plus de docs, n'hésites pas à les faire suivre sur la liste du lisra. Bon courage!