Souvent on se dit qu’on est un peu éparpillé entre 1000 projets, la tête dans le guidon, sur les autoroutes d’un secteur culturel dont les contours se flouent et le sens se perd parfois. Il paraît que c’est la crise en plus!

Alors, c’est peut être en ce moment qu’il faut prendre le temps, plutôt que de chercher à être réactif à tous les chamboulements contemporains sans en interroger le sens. Prendre le temps de partager nos recherches et expériences, le temps de réfléchir, en créant un espace commun, en dehors des clous.

Cet espace, c’est celui que nous ouvrons lors de la journée "interstice" le dimanche 8 mars, à Tulle (19), au Gymnase Lovy. (la suite de la journée du 6 octobre à Paris).
L’espace est ouvert!

 

 

 

 

Journée Interstice, Tulle, 8 Mars, gymnase Lovy.

un constat

Ranger dans des cases imperméables et additionner l’art, la diffusion culturelle, la technique, la recherche, l’expérimentation et l’éducation populaire, sont des réflexes courants qui montrent aujourd’hui leurs limites, jusqu’à provoquer une crise de sens dans chacun de ces domaines. La logique lobbyiste, la sectorisation, la fédération, la labellisation ont souvent détourné la culture de sa fibre créative populaire, pour surfer sur des courants consuméristes de masse. Ainsi nous nous installons dans le fauteuil du spectateur, ou sur la scène du professionnel, et nous sommes arrachés de notre capacité à créer, à transformer et à transcender les frontières.

Or, le terrain montre que chacun, dans ses pratiques et à son niveau, tente de se détacher de cette tendance en proposant, créant, initiant, des démarches singulières, dans des espaces « intermédiaires ». Ce sont des espaces publics réappropriés ou « subvertis », des marges de lieux institués, des situations temporaires, des rencontres. Nous appellerons ces espaces « interstices », et cette capacité à se singulariser « création culturelle populaire ».

une intuition

En créant une situation collective, en provoquant l’espace de l’interstice où la singularité s’exprime, nous nous mettons en capacité de partager nos créations et réflexions, et d’en expérimenter une nouvelle forme sur le tas.

Si nous mettons nos pratiques, expériences et réflexions dans un pot commun, lors d’un instant partagé, nous serons en mesure d’en évaluer la substance, et de produire de la connaissance sur nous-mêmes. Provoquer et vivre une telle situation pourrait alimenter nos recherches, nous aider à construire une parole, nous former à une démarche de recherche-action.

Plutôt que de créer un lobby des « alternatives culturelles », ou de rechercher quelconque reconnaissance quant à la pertinence des actions mises en places, nous avons envie de transformer les choses là où nous sommes, en situation. Il ne s’agît pas de créer un mouvement contre «l’institué», mais plutôt de partir de nos expériences et de nos lieux d’actions respectifs (aussi institutionnels soient-ils) pour mettre en commun des matériaux, en cassant les rapports conventionnels « intervenant-public » ou « spectateur-acteur » dans lesquels nous ne nous sommes pas entiers.

Cette expérimentation sur le tas est comme un moyen de nous enrichir d’une nouvelle position.

un positionnement

Chacun arrive avec ses bagages, constitués d’intuitions, de recherches, de réflexions, d’expériences, de pratiques. En apportant nos propres matériaux nous pouvons créer des interactions entre nos différents moyens d’expressions (la prise de parole, le micro, le stylo, le pinceau, la bombe de peinture, la caméra, l’instrument, la fuite !).

Nous ne représentons pas pour autant une profession, une institution, un secteur… Même si encore chacun d’entre nous est amené pour des raisons que l’on pourra expliciter, à occuper des places au sein d’un secteur ou d’une discipline.

Une journée interstice est l’occasion d’adopter un positionnement plus naturel, de poser ses diverses casquettes, et de travailler en collectif sur sa propre cohérence.

un processus de travail

Depuis plus d’un an, un collectif de chercheurs-acteurs est né à Tulle, dans le but de partager et de questionner leurs parcours d’expérience. La diversité du collectif trouve sa cohérence dans une volonté commune de s’autosaisir de ses propres problématiques de recherche, et de créer de nouveaux espaces pour l’expression de ces recherches (atelier de recherche-action, espaces de création, journée interstice). Ce dimanche 8 mars au gymnase lovy fait parti des fruits de ce travail.

une démarche

Ni un colloque, ni un spectacle, ni une réunion privée, une journée interstice est avant tout une démarche. Ce qui nous rapproche ce jour là, c’est la nécessité de partager nos éléments de recherche quant à nos propres pratiques, en dépassant les frontières des secteurs du champ culturel.

 

Protocole situationnel de l’interstice

Selon les travaux du Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-action

(LISRA), Février 2009

 

Le « protocole situationnel » est une charte qui s’inspire du principe du dogme 95 qu’édita le cinéaste Lars Von Trier et provoqua le mouvement «Dogma» pour lutter contre les grandes machines de l’industrie culturelle. Il instaura les principes d’un cinéma minimaliste et coopératif, en particulier l’unité de temps et d’espace. Instaurer une refondation, c’est repartir des situations sociales de base dépouillées, selon des principes méthodologiques épurés du jargon d’expertise techniciste (savoir vertical), un cadre de travail minimaliste mais riche par le processus collectif qu’il enclenche (savoir horizontal). La situation interstitielle doit rompre avec le schéma de l’opération culturelle (relation de savoir/pouvoir) et reconstruire une pensée politique de la culture (transformation sociale par l’expérimentation), c’est la seule façon d’apprendre et de poser quelque chose en termes d’alternative.

 

1. Créer un environnement où les idées peuvent circuler, partir de l’espace, pas du lieu, lier mobilité spatiale, sociale et mentale,

2. Nous créons des situations propices à l’émergence et au mouvement, nous travaillons en situation; nous ne sommes pas des «opérateurs culturels», nous ne répondons pas au conformisme d’un programme, qui, au nom de l’action culturelle, de la diffusion artistique, de l’éducation populaire se pose en médiation vis-à-vis des institutions et s’arroge le droit de dire ce qui est bien pour les populations,

3. Être le plus précis possible sur la démarche de recherche-action pour laisser le plus libre possible la manière d’investir l’espace,

4. C’est dans le décalage que chacun doit exprimer sa propre recherche, on doit savoir pourquoi on vient, pas obligatoirement ce que l’on va y faire, les réponses viendront naturellement en situation,

5. Nous créons une plateforme d’échange collaboratif, coopératif. Il n’y a pas de plan «com» puisque l’on n’a rien à vendre. Il n’y a rien à expliquer, le malentendu est déjà là avant de parler, on peut essayer au mieux de le gérer,

6. Il n’y a pas de public mais une expérimentation collective, le mode d’apprentissage est celui d‘un work-in-progress : tirer les enseignements d’une expérience pour nourrir la suivante et ainsi développer sa recherche,

7. Les disciplines artistiques se mettent au service de ce processus et non le contraire, l’art n’est pas au centre,c’est l’humain et sa capacité de transformation,

8. Il n’y a pas de thématiques prédéfini, elles émergent du processus, elles rejoignent les problématiques de travail de la recherche-action puisqu’elle est au cœur de la réalité sociale. L’important est d’aménager le temps d’une évaluation à chaud, le but de toute expérimentation est de produire de la connaissance.

 

 

Organisation

les gens

En présence des chercheurs-acteurs du Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action (LISRA), et des personnes de la région qui se retrouvent dans une posture de recherche quant à leurs pratiques, professions, passions, expériences…

le lieu

Gymnase Lovy, 19000 Tulle. (Du centre ville, prendre direction Clermont-Ferrand, tourner à gauche en directionde la gendarmerie, le gymnase est 200m après sur la droite)

les horaires

- Début : 13h, pas de programme, cela dépendra de ce que vous amenez comme matériaux.

- Évaluation : 18h, nous prendrons un temps pour réagir par écrit à chaud sur la situation vécue.

- Fin : quand on en aura marre, qu’il fera froid et qu’on voudra dormir !

la technique à disposition

Une sonorisation, des murs d’expression libre, un rétro projecteur.

 

 

 

 

 

CONTACT

 

Nicolas Guerrier

nicolas.guerrier@recherche-action.fr

05 55 20 25 76

www.labo.recherche-action.fr

 

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