avr 022009
 

Contribution suite à la journée “interstice” de Besançon – avril 2008, dialogue à 4 mains (Hugues Bazin, Belka, Vincent Bonnet, Interstice) :

La problématique des lieux alternatif

  • Obervation 1

Le texte suivant est la synthèse d’une partie d’une série de discussions sur les nouvelles professionnalités des acteurs populaires associatifs et les espaces intermédiaires d’innovation sociale. Ces discussions se sont tenues le 6 avril 2008 lors d’une journée baptisée « Interstice », en clôture de la troisième édition du Festival des Echanges Urbains (F.E.U.) (1) organisé par l’association Attila à Besançon. Cette journée s’inscrit dans la continuité d’une recherche-action lancée en octobre 2007 avec le réseau Espaces Populaires.

  • Observation 2

Ce texte n’est pas la transcription mot à mot des discussions, mais plutôt une synthèse de ce qui a été produit par le groupe, où toutes les voix s’entremêlent pour composer ensemble chaque dialogue. Le choix de cette approche traduit notre désir d’accentuer le flot de la pensée.

  • Constats

On a souhaité mettre en place une table ronde autour des lieux alternatifs par rapport à différentes actualités qu’il y a et qu’il y a eu au sein de la ville de Besançon. Il y a d’abord eu l’expérience du squat du 6 rue de la Madeleine, un lieu investi illégalement qui a duré huit mois (2). On est plusieurs personnes autour de la table à avoir participé à l’aventure.
Il y a par ailleurs le collectif BesAction (3) qui regroupe la majorité des associations musicales de la ville pour demander une salle associative à la municipalité, une salle de petite capacité qui serait à destination uniquement des associations, suite au constat que tous les cafés-concerts ferment, entre autres à cause de la législation qui est de plus en plus compliquée. À Besançon il y a quinze ans il y avait dix, quinze lieux que l’on pouvait investir régulièrement, maintenant il n’y en a plus que deux qui font des soirées régulières. On a demandé à la mairie de se positionner par rapport à ça, on est en discussion, ils sont conscients de ce manque, d’autant plus que le nombre d’étudiants baisse (deux mille étudiants en moins cette année à Besançon) et c’est entre autres parce que les propositions artistiques et culturelles diminuent.
Comme projets de la municipalité, il y a une scène des musiques actuelles (Smac) qui est à l’étude depuis au moins cinq ans et qui devrait ouvrir d’ici 2010, et puis un nouveau projet, une « fabrique », un lieu de création, plus pluridisciplinaire, et ils en sont à une étape de recherche.

Ça nous semblait intéressant par rapport à ce qui se passe à l’échelle locale de réfléchir sur la problématique des lieux alternatifs. C’est un thème relayé par le réseau Recherche-Action dont Attila fait partie. Recherche-Action est un réseau national animé entre autres par Hugues Bazin qui a pour objectif de construire des expériences. Pour reprendre l’exemple du 6 rue de la Madeleine, on a fait beaucoup de choses mais on n’arrivait pas à nous appuyer sur nos acquis, chaque projet revenait à l’étape zéro. La méthode que nous propose Hugues et ses outils, qui sont par exemple un site coopératif, permettraient non seulement d’utiliser notre expérience en l’écrivant, en confrontant différents points de vue, mais aussi d’utiliser l’expérience d’autres membres du réseau dans d’autres régions.

  • Dialogue (les couleurs correspondent aux personnes)

Espèces d’espace
En effet je crois que c’est une préoccupation partagée aussi bien par les acteurs ici que dans le réseau interrégional. Elle correspond à deux attentes : il y a une attente concrète, celle d’une nouvelle génération d’acteurs pour lesquels il ne correspond pas de lieux. Vont-ils produire leurs lieux comme l’ont fait les générations précédentes et exclure la génération suivante, ou est-ce que ce seront des lieux qui vont être conçus autrement, et pas uniquement en termes de diffusion culturelle comme le sont les Smacs ? Est-ce que ça va être une nouvelle génération de lieux ou pas ?
Derrière ça il y a peut-être aussi une question transversale : est-ce qu’il faut réfléchir uniquement en terme d’activités ou plutôt partir d’une occupation de l’espace et construire quelque chose à partir de là en réfléchissant au rapport au territoire et comment le lieu peut être aussi dans ces parcours d’expériences que l’on essaie de décrire, une nouvelle cartographie des ressources territoriales ? La culture ne se résume pas en des lieux comme on fait un état des lieux mais dans les parcours d’expériences, et ces expériences passent par des espaces, qui évidemment sont aussi des lieux, mais ce sont ces espaces-là qui construisent des choses. Ces espaces d’expériences peuvent être la rue, une friche à l’abandon, un squat, des choses qui ne sont pas cartographiées « lieux culturels ». On peut aussi construire des espaces d’expériences autres dans des lieux très institués. Est-ce que ça interroge ou non l’institué ? Pour l’instant, hélas, c’est là que l’on trouve les interstices qui ont eu tendance à se refermer. Souvent les expérimentations créent un espace à l’interstice mais qui se referme une fois l’expérimentation terminée.
L’intérêt, pour être dans une logique de processus, c’est de créer un espace qui transforme le lieu et c’est là que l’on se bloque à des pouvoirs. Le hip hop intègre le lieu, il ne transforme pas obligatoirement le lieu, il crée à un moment donné un espace mais il n’a pas changé le rapport du lieu aux pratiques et à l’environnement de la culture. Il y a un besoin pour une nouvelle génération d’avoir des lieux mais il faudrait à la fois tirer l’enseignement des lieux précédents et réfléchir autrement le lieu, plus en termes d’espace et à partir des parcours d’expériences, construire quelque chose là-dessus qui transforme le rapport au lieu.
C’est un questionnement qui apparaît comme une nécessité et comme une autre manière de concevoir la logique de développement culturel sur le territoire, qui rejoint l’interrogation sur les espaces intermédiaires entre amateurs et professionnels puisqu’il n’y a pas ce genre d’espaces. Il y a les écoles de musique ou de danse où l’on transmet, il y a les maisons de quartier où l’on sensibilise, il y a les scènes nationales où l’on fait de la création. Il y a une sorte de division du travail de la culture qui est très préjudiciable à une logique de développement puisque construite en terme de sectorisation de ce travail-là, et où l’espace sert cette sectorisation. Chaque lieu devient un bastion. Même s’il y a des tentatives, des incursions (par exemple une école de musique peut accueillir en résidence un artiste), ça reste des interstices qui se referment. L’intérêt de l’interstice est qu’il peut jouer sur les frontières. Mais quelque soit l’intérêt de l’expérience vécue, au-delà du cercle restreint des personnes impliquées ça ne fait pas bouger les choses sur le territoire.

Autonomie/alternative
Le projet d’occupation du 6 avait une vocation éminemment culturelle au départ mais ce qui a été intéressant est que son application a fait que les gens qui s’y sont investis n’étaient pas que des professionnels. Le fait que le lieu est un lieu qui s’est affiché comme un lieu ouvert et qu’il y ait des anonymes qui soient venus s’y investir a modifié des choses dans la représentation de ce qu’est le travail, de voir qu’il y a des gens qui peuvent être à la rue et en même temps s’investir aussi de manière très régulière. Cela interroge beaucoup les manières de travailler et les manières de ce que l’on entend par culture.
Je pense que le 6 c’était l’art du pauvre, l’important était de pouvoir faire ce que l’on faisait en bricolant, ça n’avait pas de fin, l’important était que l’on puisse être tout le long du processus.
Pourquoi ça n’a pas marché ? Consolider ce type d’alternative nécessite un travail d’adhésion avec des personnages qui sont multiples dans une aventure comme celle-ci. Ce sont d’abord les usagers du lieu, qui sont des usagers toujours occasionnels qui viennent sur des fréquences très différentes. Il y a le personnage alternatif, celui qui est un peu aux commandes de l’entreprise, qui a des idées assez claires sur ce qu’il entend par un espace de liberté, mais qui, justement parce qu’il a des idées claires, peut créer un ghetto plus qu’autre chose, faire repoussoir. Et puis le personnage de l’Etat, une relation tumultueuse dans notre cas avec la Ville. C’est d’ailleurs intéressant de noter que la Ville a tout assimilé de ce qui peut émerger dans un lieu comme ça ; il y a comme un sas de sécurité, mais aussi plein d’autres choses qui peuvent déborder ce qu’une municipalité est capable de quadriller. Enfin, un autre personnage important, c’est l’environnement, comment le quartier pouvait trouver un intérêt à cette entreprise-là.
Je pense que l’on a été très immature dans cette tentative mais peut-être que ce qui était intéressant était la recherche d’une autonomie, une manière de s’extraire un peu des normes dominantes, la première étant le fait que ce soit un lieu qui ne pouvait fonctionner que sur le don et la gratuité. Toutes les activités étaient gratuites et le lieu ne fonctionnait que sur le don et l’énergie des personnes. Ce sont des choses qui existent dans le quotidien. On pouvait vivre des moments différents parce que les normes dominantes étaient un peu laissées à l’entrée.

En 1995 j’ai fait partie des Usines Éphémères qui fonctionnaient sur le principe suivant : des lieux vont être détruits et avant d’être détruits, ils sont investis par les artistes. Nous, c’était un hôpital, ça a duré quand même dix ans. Il y avait quelqu’un qui était là, qui gérait avec les institutions, la mairie du 18ième. Au début je partageais mon atelier avec une styliste. On ne me demandait rien mais il fallait quand même payer l’électricité. Dedans il y avait de tout, de la danse, de la photo, des studios de répétition, du graff, de la peinture, français et étrangers, c’était un truc énorme et autogéré, il y avait une équipe qui était là et qui gérait le lieu. C’était une explosion. Tous les gens que je recroise maintenant, sur Paris et ailleurs, ce sont des gens qui ont vraiment eu un moment de liberté, qui ont pu créer et c’était juste le temps qu’il leur fallait pour passer à quelque chose de professionnel, qu’ils puissent en vivre. Cette étape-là, ce sont eux qui l’ont gérée. J’ai trouvé ça génial mais je n’ai jamais revu ça.
Je pense que les couveuses d’entreprises c’est un peu ça le principe, aider les gens le temps qu’ils décollent. Le 6 c’était aussi ça. Mais une fois que le lieu est fermé, comment continuer à mobiliser les énergies, pour le moment on n’y a pas réussi. Il y a une envie du côté de l’institution, alors comment nous, acteurs, on arrive à les nourrir et à leur donner confiance pour que l’on arrive à faire quelque chose ensemble ? Avoir le même langage qu’eux, des gens qui s’occupent du collectif pour pouvoir aller se présenter à la mairie avec un dossier qui présente le lieu, comment on le voit, comment il se développe ? Dans toutes les mairies on a besoin de faire de la culture.
Je ne pense pas que notre volonté était d’aplanir les chemins de la Ville, de leur montrer quels chemins il aurait fallu qu’ils prennent pour répondre à tel ou tel besoin. Une des tensions du lieu était de ne pas avoir affaire à des gens qui se positionneraient comme public. C’est cette vieille idée de rechercher un art qui mobilise les gens en tant que puissance et non seulement en tant que spectateur (4). Le projet a toujours été là ; en ce sens, ce n’est pas le « projet » qu’un mec reçoit sur sa table. Il était plus philosophique ou pas.
Quand on écrit un projet, on passe par toute une entreprise dans le codage de ce qui va se faire, on commence avec un début, on finit avec une fin et finalement c’est très facile après d’être dans les services à consommer, et alors on refait la maison de quartier. On avait une résistance très forte à utiliser ce vocabulaire dont tu parles, cette langue-là. C’était presque un empêchement à agir que de parler comme ils auraient attendu qu’on parle.
On était dans la revendication d’un bail précaire, sachant que pour nous c’était une expérience nécessairement éphémère. Aussi la problématique de ce type d’expérience n’est pas forcément celle de la professionnalisation, mais c’est forcément celle des ressources financières, matérielles qu’on va pouvoir injecter là-dedans. Dans le contexte social actuel, on ne peut voir ça que comme un truc vertical : il faut demander des subventions, s’adresser aux bonnes personnes. S’il y avait des modalités de gestion collective de ressources financières, comme ça a pu se développer dans d’autres pays comme l’Allemagne, sûrement que les questions se poseraient différemment. Dans le contexte français c’est encore difficile d’imaginer ça. C’est aussi la question des formes de gestion collective des espaces urbains qui se pose (5), mais ça n’existe pas plus. On va au conseil de quartier, on sait très bien que tout est décidé à l’avance.
Comment une Ville peut comprendre qu’il y ait un intérêt qu’il y ait des lieux comme ça avec une forme de gestion collective ? Il y a une espèce de vacuité dans l’espace et dans le temps qui fait que ça donne des opportunités et ça crée aussi des conditions particulières à la création qui sont tout à fait intéressantes à explorer parce que, quand il y a un semblant de vie collective comme ça, ça provoque des choses.
Maintenant les Usines Éphémères, c’est carrément une société, c’est devenu des spécialistes. Il y a même des sociétés qui les sollicitent comme une sorte d’agence immobilière. Ils appellent cette association-là le Label Éphémère. À la base c’étaient des usines, mais maintenant ils gèrent pas mal de lieux. Les sociétés ou les institutions qui sont derrière tout ça préfèrent avoir affaire à des gens comme ça qui savent comment ça se déroule, qui, eux, ont des gens en face qui sont des artistes de tous bords. Ils remplissent un peu dans ces lieux-là l’adhésion d’artistes ou une programmation.
La liaison est possible entre une friche et les institutionnels, que ce soient les milieux de théâtre ou de musique déjà institués. Il y a des expériences qui ont déjà été faites dans ce sens-là et où ça marche, une liaison a pu se faire.

Il y aurait toute une réflexion à mener sur ce qu’on entend par « alternatif ». Je ne connais pas, en France, de formule entre le squat et la friche instituée.
Il y a un rapport spécifique en France à la culture, la consécration passe aussi par les lieux, il y a un rapport patrimonial à la culture. C’était pareil pour la génération rock qui, finalement, grâce au lobbying, a réussi à développer son réseau de lieux. Du coup, ça patrimonialise la culture, par rapport à une culture qui serait avant tout de création, une culture populaire, qui, elle, a besoin de lieux mais plutôt comme espaces alternatifs, pas obligatoirement comme forme de reconnaissance et de labellisation. Il y a un nouveau label, les Nouveaux Territoires de l’Art, qui a été créé par le ministère de la Ville.


Quelle implantation urbaine ?
Je me demande si réfléchir sur les lieux ce n’est pas renvoyer à la question du rapport au territoire, à l’espace. Quand on parle d’autogestion, le fait que l’espace public soit aujourd’hui fermé fait aussi que les lieux sont fermés et deviennent des châteaux forts. On l’a vu à Lille 2004, les Maisons Folies qui sont réappropriées à Villeneuve-d’Ascq et à Roubaix, les anciennes friches industrielles fonctionnent aujourd’hui comme des lieux culturels, et même si ceux qui gèrent ces lieux viennent au départ des mouvements alternatifs, ils sont devenus des gestionnaires de lieux. Penser le projet du lieu, c’est aussi penser le rapport à l’espace public, réintroduire ce rapport-là à la ville, une ville qui n’a pas d’espace où la culture existe. Les lieux sont fermés et s’approprient certains types de publics.

L’agir et les lieux alternatifs
Se posent donc aussi les questions du projet collectif et de l’autogestion. Les squats sont nés soit de l’idée d’un mouvement collectif, soit d’une dynamique forte mais qui à un moment donné finit par s’essouffler. On rejoint là la question du rapport de l’individuel au collectif. Qu’est ce qui supporte une dynamique collective ? Si c’est le lieu, cette dynamique collective ne finit-elle pas par s’épuiser assez rapidement ? Avoir un rapport au lieu dans quelque chose d’éphémère, ce n’est pas pareil que quand on a un rapport au lieu dans quelque chose qu’on sait qui va rester.

L’espace, on le co-produit dans ce type de lieu-là, on ne l’aménage pas, on le co-produit par les activités qu’on y fait. Elles n’étaient pas destinées à être là et ça étonne.
Ce qui est compliqué c’est le personnel alternatif. D’abord ça demande un gros investissement personnel pour avoir la disponibilité requise dans ces lieux-là. Une disponibilité dans le temps présent qui n’est pas forcément une projection, les problèmes de fonctionnement se posent à ce niveau-là, et c’est parce que, n’importe comment, le caractère indéterminé est structurel dans ce type de projet, dans l’autogestion avec des gens très différents. S’il n’y a pas l’adhésion nécessaire et de l’environnement et de l’usager et du personnel, ça peut devenir quelque chose de lourd à porter pour ceux qui sont sur place, mais c’est justement ça « agir l’espace » (6). C’est une expérience politique de démocratie.

Il y aurait peut-être une transmission de cette expérience possible, malgré tout, qui serait porteuse ou nourrissante. Il y a les systèmes qui deviennent tels qu’ils peuvent après se transmettre et être ré-applicables, mais l’expérience du 6 est difficilement communicable, sauf à dire que le désir n’était pas nécessairement d’être dans la gestion mais de voir autre chose.
On a pu parler de l’art avec l’idée d’un processus, entendu comme procès de fabrication, et dire que l’œuvre et le processus peuvent cohabiter. Ici l’œuvre n’était pas la fin du processus, mais c’est le processus qui était l’ « œuvre ». Dans tout l’investissement mis dans cette tentative, on n’était pas dans la représentation, on était dans l’action : on n’est pas devant un objet fini, ça initie énormément de choses qui comptent, et qui ne seront pas rémunérées.
Quelqu’un me disait la semaine dernière : « je ne pense pas que l’on puisse vivre de l’art, tu ne peux pas demander à être payé pour faire de l’art ». Quelles sont les conditions de vie collective qui sont favorables à la création ? Et puis, du coup, c’est quoi aussi comme statut et comme revenu ?

Ce sont des lieux où il y a une émotion, une créativité, où l’on se sent porté par tout ce qui se passe autour. Quand on en sort, on vit dans un autre monde. Le lieu que j’ai connu avait son gardien, il ouvrait à n’importe qui, après il a fait plus attention parce qu’il y avait des histoires à l’intérieur même si c’était assez codifié. C’était le bordel mais ce bordel-là, de savoir qu’à côté il y a des gens qui répètent, que le photographe fait ci, que des maisons de couture demandent à y faire des défilés, c’était assez étonnant de voir ça. L’alchimie qu’il y a eu là-dedans, même quand je vais en voir d’autres qui sont des squats ou des anciens squats, je n’ai jamais vu ça. Là-dedans il y avait au moins cinquante artistes, chaque petite salle était occupée.
Est-ce qu’il n’y a pas une proposition à faire : plutôt que tout de suite créer un nouveau lieu, soutenir déjà un processus collectif de travail ? Au lieu de réfléchir sur un nouveau lieu où on va essayer de mettre des activités dedans, on va essayer déjà d’expérimenter des espaces qui peuvent être des préconfigurations modulaires. C’est une manière peut-être d’amoindrir les craintes des municipalités. Et se dire en même temps qu’on se donne les outils pour dire ce qui se passe dans ce processus : proposer des expérimentations et voir après quelle configuration serait la plus adaptée. Il y a un aller-retour entre l’expérimentation et la connaissance que l’on produit sur cette expérimentation-là. Soit c’est un lieu nouveau créé, soit alors on utilise des lieux déjà existants avec des configurations différentes.
Le principe de la recherche-action est de dire qu’on expérimente et qu’on produit en même temps de la connaissance là-dessus, plutôt que d’attendre qu’un nouveau lieu débarque à Besançon. C’est une logique autogestionnaire, il faut que ça parte aussi sous une forme collective forte, donc aussi sur une notion forte de ce que l’on entend par le travail de la culture. C’est peut-être par un aller-retour entre l’expérimentation et la production de connaissance que l’on peut aussi forger cette culture commune. Sinon ça ne va être encore rien de plus qu’un « nouveau lieu ».

Notes :

Voir également : http://www.mediapart.fr/club/edition/l-utopie/article/240509/confluence-6-traversee
1. http://www.echanges-urbains.info/
2. http://confluencesix.blogspot.com/
3. http://besaction.blogspot.com/
4. Cf. contra-filé, Lucas Bambozzi et Ricardo Rosas, « Urgence », Parachute, n°116, automne 2004.
5. Cf. Anne Querrien, « Offrir la ville », Vacarme, n°42, hiver 2008 (http://www.vacarme.eu.org/article1478.html).
6. Cf. Constantin Petcou et Doina Petrescu, « Agir l’espace », Multitudes, n°31, hiver 2008.

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