LA TRANSVERSALITÉ : SORTIR DE L’ENFERMEMENT SECTORIEL ET CORPORATISTE
Les réponses, ce sont les acteurs qui les possèdent, mais pour pouvoir les formuler, il faut « s’extirper » des débats internes, se donner la liberté de se positionner différemment d’une appartenance identitaire (être « hip-hop ») ou catégorielle (les « cultureux », les « sociocus », etc.), sinon cela conduit à des débats interminables !
Par exemple, il ne s’agit pas de cerner des enjeux uniquement en tant que « rap » ou « danse », ou « hip-hop » mais en quoi ces disciplines ou ces champs culturels sont traversés par la question de la transmission ou de la professionnalisation. Une problématique de travail transversale est la seule manière de peser sur les décisions politiques et de ne pas se laisser enfermer dans des réponses sectorielles du type « jeunesse », « prévention », « quartier », etc. Dite autrement, la transversalité permet de toucher la dimension politique de l’intérêt général de la culture et des projets de développement envisagés comme service public.
La recherche-action part donc du principe que ce sont les acteurs qui possèdent les réponses, elles ne viennent pas d’une expertise extérieure. Il s’agit d’aider les acteurs à se positionner en termes de démarche plutôt qu’en termes d’appartenance en se donnant la liberté de « s’extirper » des discours et des positions identitaires ou catégorielles. Ce n’est pas le type d’activités sectorielles qui compte, mais la capacité de les mettre en relation.
FAVORISER DE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE
Il est nécessaire de croiser différents champs de compétences, différentes professions et disciplines, en particulier entre l’art, le social et la science. C’est une autre manière de dire que la recherche est un processus partagé avec le même niveau d’exigence.
Cela va plus loin que l’addition des intelligences individuelles. Cela correspond à la nécessité de produire de l’intelligence collective sous un mode coopératif. On peut éventuellement « s’en sortir » seul, mais on ne peut pas comprendre seul. Nous travaillons sur une complexité, nous n’avons pas seul la capacité d’en capter tous les éléments et trouver les bonnes réponses.
C’est la seule façon de travailler sur la complexité des situations contemporaines. Ce n’est pas simplement l’addition des intelligences individuelles. Cette interdisciplinarité correspond à la nécessité de produire de l’intelligence collective sous un mode coopératif. Dégager des problématiques de travail transversales permet de poser des enjeux communs.
Ceci permet de résoudre le problème lorsque l’on parle de transversalité, c’est la participation des principaux acteurs, que l’on appelle habitants, population ou public. La plupart des groupes interdisciplinaires sont constitués en cabinet d’experts qui s’arrogent ce titre. Dans un travail de recherche-action, la créativité de situation implique au contraire un mode participatif réel des acteurs concernés. Ce mode participatif reste bien souvent un vœu pieux qui disqualifie le dispositif en lui-même.
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MUTUALISER, COOPÉRER : CRÉER DE LA RICHESSE AU LIEU DE PARTAGER LA PRÉCARITÉ
Il ne s’agit pas d’envisager les financements comme une part de gâteau à se partager, ce qui aboutit à mettre les projets en concurrence d’une manière stérile. Il ne s’agit donc pas de défendre « son » projet, « son » groupe, mais à partir de cet espace de travail d’envisager ce qui peut réunir un collectif sur des enjeux communs. Chacun essaie de dégager à partir de son expérience personnelle, professionnelle, ce qui peut intéresser un projet culturel.
On peut être artiste et acteur-chercheur, ouvrier et acteur-chercheur et se retrouver à égalité dans le même espace de mise en correspondance par la recherche-action. La correspondance, c’est accepter de se laisser transformer par l’autre, interpeller parce que renvoie l’autre. Il se produit un phénomène d’hybridation propre à l’acteur-chercheur. Cette correspondance est d’autant plus productrice de changement et de connaissance qu’elle met en relation symboliquement des mondes différents.
Au-delà d’une répartition des ressources, le but n’est pas de gérer la précarité mais de produire de nouvelles richesses en misant sur la créativité : selon le principe du don et de la réciprocité, chacun investit du temps et des moyens dans une forme de travail en collectif et en retire ensuite les bénéfices pour ses propres projets. Le partenariat se constitue autour de ce mode coopératif et des valeurs communes, non en fonction de telle structure ou de tel projet. Il appartient ensuite aux porteurs de projet au sein des collectifs de travail de dire comment ils déclinent localement les orientations générales et mettent en expérimentation telle problématique transversale.
ACQUÉRIR UNE LÉGITIMITÉ
Produire une connaissance objective, compréhensible, accessible, appropriable par tous est la seule façon de bâtir une parole et une action légitime : dans les débats dans l’espace public, dans les rencontres avec les institutions, sur le terrain avec les opérateurs culturels et sociaux. C’est aussi construire de nouveaux outils d’évaluation facilitant le soutien aux projets innovants, d’accompagner les acteurs dans leur auto formation et faciliter la validation des acquis de l’expérience.
Cette connaissance doit pouvoir :
- Être diffusée selon différents médiums (documents écrits, électroniques, multimédias, etc.),
- Agir concrètement dans une logique de transformation pour les individus qui participent au collectif,
- Servir quasiment en temps réel la mise en place d’initiatives et d’expérimentations sur le territoire en étant directement appropriée par les acteurs concernés.
À terme, il s’agit pour les acteurs de développer une capacité d’expertise sur ces questions, valider de nouveaux dispositifs de formation, d’organisation, de pratiques.
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